
Interview au Lèche Vin, un bar dans le quartier de Bastille, pour la sortie de " Roulette " leur 1er album sur le label Bella Union.
Popingays : Comment en êtes-vous arrivés à travailler ensemble ?
Siobhan : J'ai reçu un coup de fil, un coup de fil étrange, avec une respiration profonde, c'était Robin qui voulait me rencontrer, je m'étais séparée de mon groupe Mono et je cherchais quelqu'un pour produire mes nouvelles chansons. Je suis allée écouter Robin jouer et je l'ai trouvé fantastique. C'est comme ça que tout a commencé.
P : Vous aimiez déjà les Cocteau Twins ?
S : Non je les connaissais à peine en fait, surtout de nom. Ma sur est une grande fan, elle a tous leurs disques. Quand je lui ai demandé si elle connaissait Robin Guthrie, parce qu'il avait laissé un message sur mon répondeur, elle s'est presque évanouie, elle n'en croyait pas ses oreilles. Elle s'est encore évanouie quand elle l'a rencontré, elle est toujours étendue par terre aujourd'hui.
P : Est-ce que Violet Indiana est plus un projet, une expérience, ou est-ce vraiment un nouveau groupe, une nouvelle carrière ?
Robin : Définitivement un nouveau groupe. Peut-être que quand on a commencé c'était un projet, mais les chansons sont venues, les concerts, les contrats. Un projet c'est plutôt quelque chose de négatif pour moi.
S : Je pense que c'est un projet.
P : Toutes les chansons de l'album sont coécrites par vous deux. Comment fonctionnez-vous ?
S : Je fais tout. Et puis je le laisse rajouter son nom, parce qu'il me fait pitié.
R : Je fais tout. Et puis...
S : Non en fait, basiquement, Robin se met à jouer de la guitare
R : wa wa wa
S : Voilà et je me mets à fredonner dessus et à écrire des paroles
R : On écrit vraiment les chansons à deux, en même temps.
P : Et de quoi parlent-elles ?
S : Des trucs, le subconscient, c'est comme chanter son journal intime. Quand j'ai écrit les paroles de l'album, il y a peut-être un an, j'étais dans un certain état, alors ces chansons sont souvent à propos de douleur, de colère, toutes sortes d'amours, de perte. Maintenant, si j'écris, et je le fais pour le nouvel album, les paroles sont plus douces, moins de colère.
P : Elles sont la plupart du temps à propos de vous-même ?
S : Pas toujours, parfois c'est à propos de quelqu'un d'autre, qui s'est confié à moi. Ce n'est pas toujours à propos d'amour non plus, ce serait ennuyeux. Aimer, perdre, trouver quelqu'un d'autre, c'est bon mais n'y a -t-il rien d'autre ? Oui tiens qu'est-ce qu'il y a d'autre ? Robin ?
R : Eh bien juste parler des sentiments de quelqu'un d'autre, des expériences, ça touche toujours les gens
S : Oui et c'est l'essentiel, toucher les gens, c'est ce qui m'intéresse, communiquer quelque chose, partager. Dans tout ce que je fais.
P : Robin, ça vous fait quoi d'être dans un groupe avec des textes maintenant ?
R : Ça me traumatise ! Non je trouve ça passionnant, il y a sa voix, mais il y a aussi ce qu'elle dit, et je suis très impressionné par ses textes, son honnêteté. C'es plus réel, pas juste quelque chose d'aérien, si haut dans le ciel, si précieux, qu'on ne peut pas l'attraper. Si c'est réel on peut le toucher, et les paroles de Siobhan sont si directes qu'on sent qu'on peut en faire partie.
S : Ça fait pas déjà une heure que cette question a été posée ?
P : Vous avez un phrasé assez particulier, on vous imagine bien chanter du jazz.
S : Oui, enfin je ne suis pas assez bonne pour chanter du jazz, techniquement, je n'aurais pas la patience de transcrire les notes pour m'adapter au saxophone ou ce genre de choses. Musicalement j'ai du mal avec tout ce qui est organisé, j'aime être très spontanée. Je respecte tellement leur travail, mais ce n'est pas mon rayon.
P : Sur certaines intonations vous rappelez même Billie Holliday.
S : Si je sonne comme Billie Holliday alors c'est fantastique, parce que le tout premier disque que j'ai acheté, j'avais 9 ans, c'était Strange Fruit. Et ma mère ne comprenait pas pourquoi j'écoutais Billie Holliday à mon âge alors que j'étais sensée écouter de la pop. Je fredonnais " lover man, where can you be ? " et ça la faisait flipper.
P : Vous écoutiez qui d'autre ?
S : Quand j'étais très jeune j'écoutais les Doors, Billie Holliday...des trucs typiques de cette étape dans la vie où on recherche la noirceur, on cafarde, on ne veut pas parler à ses parents, on déteste le monde entier et on ferme les volets.
R : Une ado quoi
S : Oui, Robin fait ça maintenant. Il est un peu tardif. Il doit éteindre les lumières partout où il va.
Ensuite j'ai eu ma phase hip-hop, je portais des grosses baskets et ma casquette de baseball à l'envers, ce qui est un peu embarrassant aujourd'hui, je donnais des coups de poings en l'air.... j'ai traversé plusieurs étapes, et j'ai l'impression que maintenant je me suis trouvée, finalement, que je suis à un endroit, à une place, où je peux être vulnérable et à l'aise de l'être, où je peux être moi-même.
R : Et moi j'avais une drôle de coupe de cheveux.
S : Celle-là n'est pas mieux.
R : Je parle suffisamment peu ?
S : Pas vraiment. Ferme-la !
P : Et aujourd'hui qui écoutez-vous ? Certains groupes vous influencent-ils ? Votre album sonne un peu trip-hop parfois, notamment la première chanson, Air Kissing.
S : Oui
R : Non pas du tout, qu'est-ce qui est trip-hop là-dedans ? Nous n'utilisons aucun dubs, aucun son électronique
S : Oui mais l'atmosphère, le feeling, je suis d'accord.
R : Moi non, ce n'est pas la première fois qu'on nous dit ça mais je ne comprends toujours pas pourquoi.
S : J'aime le trip-hop et ça ne me pose aucun problème.
R : Oui mais ce n'est pas ce qu'on fait.
S : Je crois que si.
(S'en suit une série de fuck you et l'annonce de la séparation du groupe)...
Propos recueillis pour Popingays par David et Franck
Intégralité de l'interview dans le prochain numéro de Gorgeous & Terrific
Les liens :
Bella Union : Label créé par Robin Guthrie et Simon Raymond, les 2 ex Cocteau Twins, le label produit de nombreux artistes, tels que Françoiz Breut, Lift to Experience, Dirty Three et donc Violet Indiana.
Cocteau Twins : Le groupe phare du Label 4AD s'est séparé après leur très bel album " Milk & Kisses " en 96. Depuis la chanteuse Elizabeth Fraser poursuit sa carrière solo en participant notamment à l'album " Mezzanine " de Massive Attack. Les albums à avoir d'urgence ! " Treasure ", " Blue Bell Knoll ", " Heaven or Las Vegas " et " Milk & Kisses ".