




Par David Algranti et Cédrik ...
PIG
: Pourquoi le nom " Solex " ?
Elisabeth : C'est le nom de mon chat. En fait sa maman s'appelle Harley,
parcequ'elle ronfle beaucoup. Solex ronfle juste un petit peu. Donc on l'a appelé
Solex.
PIG : Vous êtes connue à Amsterdam ?
E : Très connue ! non juste sur la scène indé.
PIG : Comment vous décririez votre musique ?
E : Je pense qu'on peut dire que c'est de la musique collage, "
cut and paste "
PIG : Pensez-vous que c'est la seule manière d'être encore
créatifs aujourd'hui ?
E : Non, je trouve mon inspiration dans des petits morceaux de sons.
D'autres la trouvent dans des formes plus classiques. Mais du moment qu'on fait
des choses personnelles on peut être créatifs de différentes
manières. Certains explorent de nouveaux sons aussi. Mais sans écriture
derrière, ça ne peut être inventif, ce n'est que de la technique.
Il faut une personne créative derrière pour utiliser ces techniques.
PIG : Est-ce que vous écrivez d'abord des chansons que vous déstructurez
ensuite, ou est-ce que vous bidouillez dans tous les sens dès le départ
?
E : Je bidouille la plupart du temps. Je fonctionne surtout à
l'instinct, et je suis souvent sur... 10 chansons en même temps. Souvent
j'ai un bon sample en réserve et ce n'est que bien plus tard que je trouve
où le mettre. C'est comme une aventure amusante, je ne sais pas où
je vais, je cherche toujours un son génial, alors j'accumule les samples
et puis le travail commence, et je vois ce que je vais garder et ce dont je
vais me débarrasser. Je n'ai jamais une vision globale de ce que la chanson
va devenir, j'avance un pas à la fois. Et ça me prend énormément
de temps.
PIG : Et les paroles ?
E : Ce sont des instantanés, pas des histoires complètes,
un peu du collage aussi donc. Je n'ai pas assez confiance en mon anglais. Je
m'inspire de la TV, de la littérature, quand j'entends ou que je lis
des phrases qui me plaisent je les note, je trouve la glue qui les relie, la
colonne vertébrale, et je fais des histoires avec.
PIG : Où allez-vous chercher vos samples ?
E : Sur des vynyls, des CD, à la radio, et puis je vais à
des concerts, uniquement pour les pirater sur mon DAT. Je suis allée
à beaucoup de concerts pour le deuxième album, beaucoup de trucs
dance nazes. Mais maintenant ils m'ont repérée et ça devient
plus difficiles. En fait c'est devenu politique pour moi, de ne pas payer de
droits d'auteurs pour des samples.
PIG : Ca a toujours été votre démarche musicale
?
E : Non, j'ai été chanteuse dans un groupe, batteuse dans
un groupe de filles, j'ai fait de la guitare (mais je n'étais pas bonne).
Puis j'ai découvert le sampler et j'ai trouvé que c'était
l'instrument idéal pour moi. Ca ne demande pas une grande technique,
et justement pour moi la musique n'est pas une question de technique mais surtout
de goût. C'est le plus important quand on travaille avec un sampler
PIG : Quelles sont vos influences ?
E : Aucun groupe en particulier mais la mode low-fi a été
très importante pour moi, parcequ'avant il fallait beaucoup d'argent
pour faire un disque, aujourd'hui on peut facilement le faire tout seul, à
la maison, mes techniques sont à la portée de main de chacun.
La dance music est très D.I. Y. [Do It Yourself] et beaucoup de gens
ont plus confiance en eux-même maintenant. Beaucoup de studios ont fait
faillite car les gens n'ont plus besoin d'eux. Avec la musique que je fais,
je devrais passer... un an et demi en studio, et je suis loin d'en avoir les
moyens !
PIG : Etes-vous parfois tentée d'écrire des choses moins
légères ?
E : Non, bien que je puisse être quelqu'un de très cynique.
Je fais de la musique amusante et les gens la considèrent comme telle,
je ne cherche pas plus de respect, je ne me prends pas au sérieux et
personne ne devrait le faire d'ailleurs.
PIG : Vous avez remixé une chanson de Ruby, quels sont vos rapports
avec la scène électro ?
E : En fait c'était une commande, on m'a envoyé la cassette,
j'ai fait mon remix et je la leur ai renvoyé, c'est tout. C'était
amusant, mais remixer les chansons des autres ne m'emballe pas beaucoup, je
trouve ça un peu frustrant. Il faut se faire plaisir à soi tout
en satisfaisant l'artiste, on est donc obligés de faire un compromis.
Et puis d'une manière générale je trouve que les remixes
sont la majorité du temps inférieurs aux originaux. Ce n'est pas
un travail auquel j'accorde beaucoup de valeur artistique, ça fait surtout
plaisir aux maisons de disques. Ceci dit j'ai aussi trouvé intéressant
d'écouter des remixes de mes propres chansons, parce que le résultat
était complètement différent. J'ai dû m'y habituer,
d'autant que la plupart étaient assez techno alors que je préfère
de loin les sons acoustiques.
PIG : Votre nouvel album s'ouvre sur votre voix qui al'air de rappeler
à l'ordre " Elisabeth, Elisabeth ! "
E : Oui, c'est ma signature maintenant !