LONELY POET


Interview de Maximilian Hecker - Album : Infinite Love Songs (Kitty Yo / Ici D’ailleurs)

Maximilian Hecker s’est prêté au jeu de l’interview dans les locaux de Ouï FM, le 27 février dernier à l’occasion de la sortie de son dernier album Infinite Love Songs et d'une série de concerts en France, après une session dans les studios de la radio. Il entre dans la pièce, silhouette longiligne, attitudes félines, sac à dos à l’épaule, qu’il pose doucement. Il quitte sa parka , puis s’assied ; l’entretien peut commencer.

Tu viens de quelle ville en Allemagne?
Berlin.

Tu as démarré à Berlin en chantant dans les rues des quartiers branchés, je crois; ce démarrage solitaire était dû à ton caractère indépendant, ou bien tu es devenu plus indépendant suite à cette expérience?
Mon indépendance, le fait que je joue de tous les instruments sur mes morceaux, c'est parce que c'est plus facile. Comme je sais en jouer, j'en profite pour tout jouer moi-même. Sinon, je n'ai pas à proprement parler commencé en jouant dans la rue ; j'ai effectivement joué dans la rue, mais j'ai démarré quand j'ai appris la musique, quand j'ai commencé à en écouter, à écrire des chansons.

J'ai lu que tu avais commencé par apprendre le piano, c'est exact?
En fait, j'ai commencé par la flûte, puis la batterie, et ensuite le piano. Tous ces instruments, je les ai appris dans une école. Mais, la guitare, la basse, ça je l'ai appris par moi-même.

Ton expérience de chanteur de rue t'a appris des choses?
Oui, d'un point de vue concret. J'ai commencé il y a sept ans, c'était un hobby, un peu comme sortir le soir ; c'était pas pour gagner ma vie. Je voulais juste avoir un public et me faire plaisir. Avec mes copains, on se produisait le week end, pas tous les jours. Mais à Berlin, je me suis mis à jouer plus souvent ; je me mettais dans le quartier où passent des gens des médias et de la culture. Donc l'objectif c'était de jouer pour des gens branchés, pour les jolies filles. J'ai choisi mon public pour ainsi dire. Dans un sens, ça m'a été bénéfique parce que je rencontrais pas mal de gens, j'étais invité à des soirées. En fait c'est ça, je me produisais là pour le plaisir et pour faire de nouvelles connaissances.

Est-ce-que les gens que tu as rencontrés t'on influencé? Ils t'ont aidé à te faire un nom?
Oui, c'est comme ça que j'ai rencontré mon producteur (Tommi Eckart, figure de la scène pop allemande des années 80, ndr), et des gens de chez Kitty Yo (son label, ndr). Donc oui, on peut dire que c'était important pour ma carrière.

Cold Wind Blowing est ton premier morceau sorti chez Kitty Yo, on sent un esprit plus indie-pop que dans d'autres chansons plus récentes de l'album Infinite Love Songs. Ça reflète une évolution?
Pas vraiment ; en fait, il y a des guitares saturées dans ce morceau, mais c'est seulement pour exprimer un sentiment de désespoir d'une autre façon. Autrement dit, je commence par des larmes, et ensuite, je passe aux cris, avec l'intervention des guitares saturées ; j'aurais pu faire d'autres titres de ce type, ça n'est pas voulu comme une évolution.

Est-ce-que tu tu travailles déjà à ton prochain album?
L'album Infinite Love Songs est sorti en Allemagne en octobre, donc je suis effectivement en train d'écrire de nouvelles chansons.

Tu peux nous en donner un avant-goût?
Les intentions de départ sont les mêmes, mais les arrangements seront probablement différents, il y aura plus d'instruments, des cordes notamment, et ce sera sans doute produit dans un vrai studio ; je pense même que d'autres musiciens y participeront : plus précisément, un bassiste et un batteur, pour le groove.

Ça veut dire qu'il sera plus remuant?
Je ne pense pas, non.

Comment crées-tu tes chansons? D'où te vient ton inspiration?
Je me mets à jouer quelquechose, puis à chanter dessus, et tout à coup, un beau jour, ça prend forme, ça devient écoutable ; puis je retravaille dessus. Les paroles viennent quand il faut faire l'enregistrement. Mais je n'aime pas écrire les paroles.
En fait, je ne me dis pas qu'il faut que j'écrive une chanson : il arrive un moment où ça me tombe presque dessus, façon de parler, puis j'ai une idée, et c'est cette idée qui me permet de finir la chanson. Mais je pense que mon inspiration me vient de tout ce que j'ai écouté.

Quelles sont tes influences musicales, à part les Beatles, Oasis et Radiohead?
Grandaddy, Travis, Queen aussi, je pense.

Et dans la pop américaine, tu écoutes quoi?
Pas vraiment de la pop américaine, mais, en-dehors de Grandaddy, des groupes américains comme Catpower ; je suis allé à un concert de Chan Marshall, la chanteuse de Catpower, au Café de la Danse, et c'était excellent. Chokebore aussi. Mais je n'écoute pas du tout de groupes allemands, seulement des groupes anglais ou américains.

Est-ce-que le groupe français Air fait partie de tes influences?
Je les connais et je les apprécie, mais je ne me sens pas influencé ; j'ai seulement leur premier album.

Quel est ton album préféré des Beatles?
Abbey Road. Je les écoute depuis que j'ai sept ans.

Tu as été affecté par la mort de George Harrison?
Pas vraiment.

Tu éprouves de la nostalgie à propos des "Années Beatles"?
Oui, j'aurais voulu vivre cette période, je crois.

Qu'est-ce-qui te plaît dans les "Sixties"?
C'est les images de ces années-là, qu'on voit à la télévision, dans les films. En fait, ça n'a rien à voir avec la réalité de l'époque, c'est seulement des stéréotypes. Et à travers ces clichés, la réalité est enjolivée. Je pense que c'est peut-être une façon de m'évader de moi-même, parce que si j'avais réellement vécu dans les années soixante, ça n'aurait pas changé grand'chose pour moi en fait.

Quels sont tes films préférés de cette période?
L'un de mes films préférés est un film de Fassbinder ; oh, en fait, je connais le titre en français : Les larmes amères de Petra von Kant. J'aime beaucoup Hanna Schygulla (qui interprète un personnage lesbien dans le film, ndr). Je l'ai vue en concert à Paris, et c'était vraiment bien. Il y a aussi un autre cinéaste allemand, Edgar Reitz ; il a fait un film sur les étudiants d'une école de musique à Munich dans les années soixante, et c'est aussi l'un de mes films préférés, intitulé Heimat 2.

J'ai lu que tu étais aussi mannequin ; tu travailles pour quels créateurs?
En fait, je suis dans une agence de mannequins qui me contacte de temps en temps pour un casting de pub pour une boisson par exemple ; donc j'apparais sur une photo de pub à l'occasion, mais je ne défile pas pour la mode. On peut appeler ça être mannequin? Je ne sais pas ; en réalité, Kitty Yo en parle parce que c'est un moyen pour eux de travailler mon image.


Propos recueillis par Fabrice Gorget

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