INTERVIEW

TARWATER

Avec Dwellers On The Threshold, Tarwater nous revient avec un quatrième album somptueux, incroyablement addictif, synthèse parfaite entre électro minimaliste et mélodies pop insoupçonnées À l'occasion de leur showcase chez Colette, haut lieu de la " branchitude " parisienne, G&T a rencontré les deux berlinois, Ronald Lippok et Bernd Jestram.

G&T : Était-ce la première fois que vous jouiez les morceaux du nouvel album en public ? Quelle est la réaction du public jusqu'à présent ?

Ronald Lippok : Non, nous avons déjà joué ces chansons avant même que l'album ne soit terminé, à Moscou, à Varsovie, à Berlin... La réaction du public est très bonne pour l'instant. Bernd Jestram : Nous aimons confronter nos nouveaux morceaux au public en amont, ça nous permet de tester la pertinence des compositions. C'est toujours intéressant de jouer des titres que le public ne connaît pas, car on n'obtient pas forcément l'intention que l'on désire créer.

G&T : Où se trouvent principalement vos fans ?

RL : Nous avons un très bon public en France, et en Europe en général, mais aussi à Chicago…Un peu partout en fait. Dans chaque pays, il existe un réseau de personnes qui relaient le type de musique que nous faisons, de façon underground.

G&T : Sur votre dernier album, on sent une nouvelle direction : les titres ont un format plus " chansons ", vous utilisez plus d'instruments classiques… Est-ce une évolution voulue ?

BJ : Effectivement, mais ça ne relève d'aucune stratégie, cette évolution est naturelle. Notre inspiration dépend uniquement de ce que nous ressentons sur le moment…

G&T : À l'écoute de l'album, on a l'impression que vous composez comme des songwriters, à partir d'une guitare…

BJ : C'est complètement le contraire, en fait. Nous ne composons pas de manière classique, en nous mettant au piano ou en cherchant des accords sur une guitare. Nous commençons toujours par travailler à partir de toutes sortes de sons, de samples, de séquences, que nous triturons dans tous les sens et que nous associons à des beats afin de créer un background…

RL : Oui, en fait on crée une matrice, quelque-chose qui nous donne suffisamment d'espace pour développer une idée. Puis nous ajoutons les guitares et les basses, et enfin les voix si nécessaire. Nous sommes très spontanés. Pas comme ces groupes qui n'arrêtent pas de toujours rajouter plus de choses et travaillent sur une même chanson pendant des mois ! Une chanson est terminée en trois jours, voire une journée.

G&T : Pourriez-vous imaginer faire un jour un album sans électronique du tout, comme tentent de le faire des groupes comme Alpha par exemple ?

BJ & RL : (enthousiastes) Oh oui ! Clairement !

BJ : Ne serait-ce pas très ennuyeux, à un certain moment, de toujours faire tourner en boucle des sons, des séquences…? À mon sens, les guitares acoustiques, les basses, les vrais sons de batterie créent une atmosphère plus humaine…

RL : De toute façon, nous avons commencé par les instruments classiques, dans des groupes punk. L'électronique est venue après, notamment à l'écoute de groupes de hip-hop dans les 80s qui réussissaient à utiliser des techniques d'avant-garde, tout en créant une musique très accessible.

G&T : C'est comme ça que vous vous êtes rencontrés ?

RL : Oui, nous jouions dans un groupe de punk-rock (ndlr : Pink Extra), c'était il y a longtemps, dans les 80s à Berlin-Est … Tu sais, quand t'es punk et que tu vois un autre punk dans la rue, il suffit d'aller le voir et de lui dire " What's up, man ? " (rires).

G&T : D'où vient le titre de l'album Dwellers On The Threshold ?

RL : C'était le nom d'un projet DJ que nous faisions avec Coil, un groupe britannique d'inspiration indus, pendant la préparation de l'album… On avait repris le nom d'un livre de dessins d'art d'un artiste peintre/musicien très amusant. Finalement, nous nous sommes rendus compte que c'était également un titre parfait pour l'album sur lequel nous étions en train de travailler. En effet, nos chansons se trouvent toujours entre deux situations, aux frontières de plusieurs styles… C'était encore une décision très spontanée.

G&T : De quoi s'inspirent les textes de vos chansons ?

RL : Je rassemble toutes sortes d'informations et de bouts de phrases, que j'assemble ensuite en variant les combinaisons. C'est très proche de notre processus de composition, sauf que les mots sont les samples. Mes textes peuvent s'inspirer d'un peu tout. Par exemple, sur notre précédent album, 7 Ways To Fake A Perfect Skin s'inspirait directement d'une pub Chanel dans un magazine !

G&T : Et 1985 ?

RL : C'est basé sur une nouvelle d'Arthur C. Clarke (ndlr : auteur de science-fiction, notamment de 2001 : A Space Odyssey). Dans un nouvel âge de glace, sur un site post-industriel, des hommes trouvent un morceau de métal d'un vaisseau spatial sur lequel est inscrit " Earth-Moon 1985 ". Forcément ils ne comprennent pas car ils ne savent pas lire ! Je trouve toujours ça amusant de lire ces vieux romans de SF, c'est comme dans le film de Kubrick quand l'ordinateur dit (prenant une voix de robot) " Je fus construit en 1982 " (rires).

G&T : À propos d'écrivain, vous serez bientôt avec Hubert Selby Jr. sur scène à Paris, en quoi consistera la performance ?

RL : Il ne pourra pas venir, en fait nous ne l'avons jamais rencontré. Mais une vidéo de HS lisant un passage d'un de ses romans sera projetée et nous faisons la musique…

BJ : Et nous attendons toujours la vidéo ! Nous avons déjà fait ce genre de projets avec des poètes, des artistes en Allemagne. D'ailleurs nous allons bientôt travailler sur une pièce de théâtre adaptée d'un film de Fassbinder.

G&T : Quels sont vos albums favoris du moment ?

BJ : C'est très varié. En ce moment j'écoute du folk des 60s, ça me touche beaucoup. Sinon récemment j'aime beaucoup le nouvel album de Kommunit, sur un micro-label allemand.

G&T : Et de l'électro allemande, comme Notwist ?

BJ : Oui, mais pas tant que ça…

RL : En revanche, j'aime beaucoup Lali Puna ! On a joué avec eux au festival Popkom à Cologne.

G&T : Et sur Kitty-Yo, votre structure ?

RL : J'aime beaucoup le feeling général. Il y a beaucoup de choses différentes : à la fois une nana sexy comme Peaches, des projets électroniques comme Rechenzentrum, du songwriting comme Maximilian Hecker… Même si les styles sont différents, tous ces gens ont quelque-chose en commun. J'aime Peaches, le dernier album de Gonzalès… mais je dois admettre qu'en hip-hop je préfère le dernier album de Puff Daddy ! (en réponse à ma mine déconfite) Faut l'écouter, y'a vraiment des titres qui tuent grave ! (rires)

BJ : (avec l'attitude) P.Diddy ! Le problème c'est qu'il faut se farcir l'attitude ! (rires)

G&T : Quelle est votre " album à écouter d'urgence pour chasser les coups de déprime " ?

RL : Hunky Dory de Bowie !

BJ : Pink Moon de Nick Drake, c'est un album très sain pour le mental (sourire)…

G&T : Un album que vous chérissez les jours de pluie ?

RL : Closer de Joy Division !

G&T : Est-ce que vous imaginez ce que font les gens en écoutant votre musique ? Vous pourriez les imaginer faisant l'amour pendant ce temps-là ?

RL : J'adorerais cette idée ! Sérieusement, à Varsovie nous avons rencontré une fille qui avait eu un très mauvais été. Elle nous a confié que d'une certaine façon notre musique l'avait aidé, car elle peignait en écoutant nos albums, tout en essayant de comprendre ce que je disais ! Elle avait tout faux, mais bon… c'était très touchant… c'est toujours lorsque j'entends ce type de témoignages que je me dis que tout cela a un sens et que ça en vaut vraiment la peine…

G&T : Enfin qu'est-ce que vous écoutez pour faire l'amour ?

RL : Rien du tout ! Je n'écoute jamais de musique pour ça. Je fais la musique ! (rires) Ou plutôt… nous faisons la musique ! (rires) Ça dépend en fait… C'est quand-même mieux quand on est deux…

Propos recueillis par Guillaume

RETOUR AU MENU